«Entre Pierres et Jardins»
De tous temps, la cité de St Emilion a été associée au paysage qui l’enveloppe et à l’harmonie réalisée par le mariage de la pierre et du végétal. Aussi loin que l’on remonte dans le temps, on retrouve les traces de cette dualité.
- La villa gallo-romaine d’Ausone était déjà, dans l’Antiquité, un exemple de la complicité de l’action des hommes avec la nature ; le rapport de Mr Rabarius y mentionne l’existence de « jardins potagers ».
- Quelques temps plus tard, lorsque St Emilion, choisit de s’installer dans la forêt de Cumbis, il perpétue cette alliance entre l’homme et la nature qui l’environne.
- Plus prés de nous, mais déjà si loin, il suffit de se pencher sur les gravures et cartes postales anciennes, pour découvrir que la cité a toujours été ornée de points de verdure trahissant des jardins potagers ou des espaces verts entretenus par les hommes de la cité.
Au colloque international de Saint-Emilion, qui s’est tenu du 30 mai au 1er Juin 2001, dans le but de réfléchir au concept de « paysage culturel », il a été rappelé :
« l’article 1 de la Convention du patrimoine mondial définit un paysage culturel comme une œuvre conjuguée de l’homme et de la nature. Il peut s’agir soit d’un jardin ou d’un parc, soit d’un paysage relique, soit d’un paysage vivant mais marqué par son histoire ; »
Si l’on se réfère donc à l’esprit et à la lettre de ce colloque, tout espace vert ou parc ou jardin, inscrit dans la cité de St Emilion, est donc un facteur décisif et inattaquable de ce patrimoine.
A l’heure où les régions et villes environnantes ( ex Cahors) multiplient les espaces verts et créent des jardins aromatiques, des jardins médiévaux ou des « herbarius », on ne peut que s’inquiéter de la politique municipale de St Emilion qui vise à la destruction des derniers jardins au profit de la création de parkings bitumés, abandonnant ainsi l’esprit et l’action menés par les hommes depuis la naissance de la cité.
A l’heure de l’écologie et du développement durable, la destruction des derniers jardins de St Emilion pourrait apparaître comme une offense et une trahison vis à vis de la mémoire et de la culture Saint Emilionnaise.
H.D.Liszkowski
Docteur en Histoire du Moyen Age et archéologue.